Au seuil. C’est là que commence l’exposition de Nicolas H. Muller. Au bord du geste et de la matière, dans cet interstice où l’image n’est pas encore forme mais déjà mémoire. Le parcours épouse l’architecture à deux niveaux de la galerie et propose une traversée qui emprunte à Dante le rythme d’une descente et d’un retour : de la tête au passage, du passage à la nuit, de la nuit à la lumière. Non pour illustrer la Divine Comédie, mais pour en retrouver la dynamique éthique : « nel mezzo del cammin » (au milieu du chemin), l’on consent à se perdre pour mieux voir.
Cette exposition confronte le visiteur à une pensée de la matérialité qui refuse la hiérarchie traditionnellement accordée au dessin et à l’image finie. Nicolas H. Muller élabore des pièces où le processus (la main, l’outil, le feu) devient protagoniste ; la matière garde des traces, les accidents deviennent récits. Il s’agit moins de présenter des œuvres achevées que d’installer un dispositif où la mémoire matérielle peut surgir. Loin d’une esthétique de la ruine, il s’agit d’affirmer une éthique de la transformation, d’accueillir la désintégration comme naissance d’un sens.
